Prédication & théologie

11 raisons de faire un bilan de vos cultes (et 4 avertissements)

Par Jeff Lacine

Jeff Lacine est le pasteur de Sellwood Baptist Church à Portland, Oregon. Il a fait ses études à Bethlehem College & Seminary. Sa femme et lui ont quatre enfants.
Article
09.04.2025

Tous les lundis soir, un groupe d’hommes de notre Église se rassemble pour faire un bilan des cultes du dimanche. Nous passons la majeure partie de la réunion à donner nos retours sur la prédication du dimanche matin. Mais nous prenons aussi le temps de passer en revue chaque élément des cultes du dimanche matin et du dimanche soir, ainsi qu’à anticiper ceux du dimanche suivant.

La majorité des participants considèrent le lundi soir comme un moment très important de leur semaine, durant lequel ils peuvent se plonger plus profondément dans la parole de Dieu, en équipe. Pour ma part, j’ai découvert que ces temps de bilan étaient l’un des moyens les plus efficaces pour former les autres et pour grandir dans ma pratique de prédicateur.

J’ai dressé ci-dessous la liste de onze raisons de démarrer une réunion de bilan critique de vos cultes dans votre Église, ainsi que de quatre avertissements à garder à l’esprit si vous vous lancez.

11 raisons de faire un bilan critique

  1. Pour progresser dans vos prédications : dans 1 Timothée 4.13-15, Paul exhorte Timothée à servir l’Église par ses dons, en particulier dans le ministère de la Parole. Il dit ensuite : « Applique-toi et sois tout entier à cette tâche, afin que tes progrès soient évidents pour tous. » Participer à un bilan du culte chaque semaine me permet de faire de mes progrès dans la prédication une priorité. Cela m’aide à devenir un meilleur prédicateur.
  2. Pour que les autres constatent vos progrès : notez que Paul ne se contente pas de dire que Timothée doit progresser. Il insiste aussi sur le fait que les autres doivent constater ses progrès.

Les autres devraient voir que nous progressons en nous écoutant prêcher la Parole semaine après semaine. Cependant, en faisant un bilan du culte, nous donnons à certains l’occasion de constater plus directement ces progrès. Il n’est pas rare qu’on me dise avoir remarqué que je prends en compte les retours qui m’ont été faits.

  1. Pour vous encourager : dans le ministère de prédicateur, on se sent parfois seul et découragé. Si les seuls retours que vous recevez, ce sont quelques vagues flatteries à la sortie du culte ou des mails occasionnels de quelqu’un qui a repéré tel ou tel problème dans votre message, alors vous ne bénéficiez pas d’encouragements tels que ceux de Barnabas, qui sont le moteur de la persévérance dans le ministère. C’est une véritable bénédiction d’apprendre que Dieu a utilisé ce que j’ai dit depuis la chaire pour aider des hommes et des femmes à mieux aimer et glorifier Dieu.
  2. Pour cultiver votre humilité : l’orgueil a de graves conséquences sur le ministère pastoral. Pendant nos réunions bilans, je me rends compte que j’ai encore des progrès à faire dans mes prédications. Le fait que d’autres me poussent à continuer de progresser m’évite de croire que je suis le prédicateur parfait. Semaine après semaine, je vois à quel point j’ai besoin que Dieu œuvre par l’intermédiaire de mes prédications malgré leur imperfection.
  3. Pour montrer aux autres ce que sont l’encouragement et la critique selon Christ: Les médias et la société nous incitent à un genre malsain d’encouragement (la flatterie) et de critique (l’attaque). L’Église a besoin de responsables qui puissent donner un meilleur exemple modelé sur Christ. Durant nos bilans, j’ai l’occasion d’encourager et d’émettre des critiques avec constructivité et bienveillance, afin que les autres présidents et prédicateurs en soient édifiés. J’essaie de souligner leurs dons et les manifestations de la grâce de Dieu dans leur ministère sans les flatter inutilement. Je cherche aussi à émettre des critiques bienveillantes et précises pour les aider à grandir en fidélité à la Parole et en efficacité dans leur ministère. Mes retours donnent le ton de la réunion ainsi qu’un modèle d’implication saine et bienveillante qui les aidera aussi dans les autres domaines de leur vie.
  4. Pour être un exemple d’humilité : En tant que pasteurs, nous avons pour mission de corriger les erreurs (Tite 1.9). Faire un bilan du culte nous donne une excellente occasion de montrer aux autres comment un chrétien doit accepter les critiques (et parfois même les corrections), c’est-à-dire avec humilité et reconnaissance. Il peut être difficile d’accepter les critiques constructives de personnes qui n’ont pas été formées à l’enseignement et qui n’ont elles-mêmes que rarement (voire jamais) prêché. J’ai cependant découvert qu’il y a quelque chose à prendre dans presque tous les retours que l’on me fait. Chaque fois qu’on émet des critiques au sujet de mon message, j’ai l’occasion de montrer à d’autres comment accepter l’aide des autres avec humilité.
  5. Pour limiter les occasions de division : Dans les Églises, il est fréquent que certaines personnes soient en désaccord doctrinal ou formel avec certains éléments de la prédication. Si nous ne donnons pas aux autres l’occasion de nous partager sainement leurs désaccords, ils seront tentés de le ruminer de leur côté, ce qui peut entraîner des divisions. En donnant la possibilité aux membres de s’exprimer lors d’un bilan de culte, ils seront moins tentés de critiquer derrière le dos des autres.
  6. Pour repérer et former d’autres prédicateurs : J’ai découvert que les réunions bilans étaient très efficaces pour repérer et former de potentiels prédicateurs. C’est en entendant ses retours sur une prédication que nous pouvons savoir comment quelqu’un interprète la Bible. Nous prenons aussi le temps d’examiner le texte de la semaine suivante. Souvent, j’invite mes frères à l’étudier et à en établir le plan en amont pour que nous puissions mettre notre travail en commun pendant la réunion. Cela me permet de voir comment ils préparent leurs messages avant de les laisser prêcher le dimanche.
  7. Pour approfondir le texte : L’une des étapes les plus importantes, quand on prépare une prédication, c’est de la raccourcir. Bien souvent, des idées très intéressantes ou d’excellentes applications doivent rester sur la touche. Durant nos bilans, j’ai souvent l’occasion de partager certaines de ces idées pour édifier les participants.
  8. Pour expliquer aux autres quels éléments doivent faire partie du culte: La prédication n’est pas la seule chose importante du dimanche matin. Dans beaucoup d’Églises évangéliques, on fait quelques annonces, on chante, on écoute le message et on se dit au revoir. C’est pour cela que de nombreux éléments de notre culte (confession, prière, lecture collective de la Bible, sainte-cène et baptêmes) sont assez inconnus d’une grande partie de l’assemblée. C’est par le culte lui-même que nous montrons à l’Église quels sont les éléments importants qui doivent le constituer. Mais nos bilans nous permettent d’expliquer la structure de nos cultes et de répondre aux questions à ce sujet.
  9. Pour vous mettre à la hauteur de l’assemblée et de ce qu’elle comprend : Pendant nos bilans, on m’a plus d’une fois mis en garde contre des termes ou des concepts que j’avais utilisés en pensant que tout le monde les comprenait, mais qui étaient en réalité inconnus de l’assemblée. D’autres fois, je me suis rendu compte pendant le bilan que je n’avais pas bien préparé l’assemblée à un temps de prière ou de confession plus long que d’habitude. Tenir une réunion bilan m’aide à ne pas prêcher comme un théologien zélé, mais à conduire l’assemblée comme un berger.

4 avertissements si vous vous lancez

  1. Ne minimisez pas l’autorité des anciens : Lors d’un bilan efficace, les pasteurs et les membres d’Église donnent et reçoivent à la fois. Bien qu’un tel échange soit très sain, le risque, lorsqu’on discute d’un point doctrinal, est de minimiser l’autorité des anciens, qui ont été établis comme seuls garants de la doctrine de l’Église. Voilà pourquoi je recommande que le pasteur de l’Église anime la réunion de façon structurée et focalisée, afin de pouvoir conduire la discussion et corriger ce qui doit l’être. Le but du pasteur, c’est de laisser la place à des interactions et à des questions saines sans perdre les rênes.
  2. Ne cultivez pas la critique de la prédication au détriment de la soumission au message prêché : J’ai découvert qu’ayant appris à émettre des critiques saines et constructives, certaines personnes se mettaient à écouter les prédications avec plus d’attention dans le but de pouvoir donner leurs retours lors du bilan. Parfois, cela les empêche d’écouter la parole de Dieu dans le but d’être nourris et en étant prêts à s’y soumettre. C’est pourquoi je conclue désormais notre réunion bilan par un tour de table où chacun est invité à partager comment la prédication de la Parole l’a touché personnellement et comment il souhaite que sa vie en soit transformée. C’est se nourrir de la parole de Dieu, et non critiquer la façon dont elle est prêchée, qui devrait être notre priorité. La vie chrétienne n’est pas un simple exercice intellectuel, mais un exercice de soumission à la Parole.
  3. Ne prêchez pas pour le bilan : Nos bilans critiques m’ont aidé à mieux préparer mes prédications, mais ils ont aussi été source de nouvelles tentations. Quand je prépare mon message, je suis souvent bien conscient si quelque chose risque d’être critiqué ou, au contraire, félicité lors du bilan. Il ne faut pas renoncer à prêcher quelque chose par crainte de l’opposition. De même, n’insistons pas sur un point spécifique du message dans le simple but de recevoir l’approbation des hommes.

Le prédicateur, avant d’être au service de son assemblée, est au service de Dieu. Si nous désirons nous mettre au service de son peuple, il nous faut avant tout être serviteurs de Dieu, ce qui implique souvent de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre.

Rappelons-nous également que les personnes qui assistent à nos bilans ne sont pas un échantillon parfaitement représentatif de notre assemblée. Certains membres de nos réunions apprécieraient sans doute que je consacre plus de temps lors de ma prédication à une difficulté textuelle de Matthieu 18.15 (« contre toi » est-il dans le texte original ?). Mais y consacrer trop de temps ne serait pas utile à mon assemblée. Je ne prêche pas pour ceux qui seront présents au bilan, je prêche pour toute l’Église.

  1. N’oubliez pas que le Saint-Esprit est à l’œuvre dans votre prédication : Prêcher n’est pas une activité exclusivement naturelle. C’est aussi un acte surnaturel, parce que l’Esprit de Dieu est à l’œuvre d’une façon qui n’est pas toujours mesurable. En prenant l’habitude de discuter du message, faisons attention à ne pas considérer la prédication comme un acte purement humain. Quand nous prêchons, il se passe (ou ne se passe pas) des choses qui dépassent le domaine de toute critique constructive ou de tout encouragement.

Cet article a été traduit et publié à l’origine par BLF éditions et TPSG.