Leadership

Les diacres spécialisés, libérés pour servir

Par Matt Schmucker

Matt Schmucker est le directeur exécutif et le fondateur de 9Marks. Il organise de multiples conférences ("Together for the Gospel" et "CROSS") tout en servant comme ancien à l'église "Anacostia River Church" à Washington, D.C.
Article
01.14.2021

Un jour, l’homme politique britannique Joseph Chamberlain a fait cette boutade : « Dans n’importe quelle réunion, sur treize participants, douze n’ont pas réfléchi au sujet abordé, mais sont prêts à recevoir des instructions, et le treizième a décidé d’être celui qui donne les instructions. En ce qui me concerne, je veux être celui là. » Ma propre expérience m’amène à rajouter un trait de caractère à la description de Chamberlain. Il y a souvent là un ou deux individus pour entraver la progression. Ils ne peuvent, ou ne veulent rien élaborer de constructif, et savent seulement dire que ça ne va pas. Heureusement, pour des chrétiens engagés qui veulent servir par amour, ce n’est pas un tel esprit qui les anime. Il est aussi vrai que la participation de chacun dans une réunion peut varier en fonction de sa personnalité, de son expérience ; l’Évangile nous enseigne à connaître les autres, à comprendre l’autre, à apprécier ce que l’autre peut apporter. Mais cela n’empêche pas que de multiplier des réunions de comités1 et de commissions peut être inefficace. Si nous sommes honnêtes, nous avons probablement fait la même expérience que Joseph Chamberlain lors d’une réunion : les participants, pour la plupart, n’ont pas beaucoup réfléchi à l’ordre du jour depuis la dernière rencontre. Tel un plateau de service d’un repas chaud, ils ouvrent la cloche au moment d’être servi et la remettent jusqu’à la prochaine réunion. Seul, le président de la commission sent la pression pour agir2.

Cela ne veut pas dire qu’il faut être anti-réunions. Je pense sincèrement que les familles doivent organiser des repas en commun, que nos anciens doivent se réunir entre eux, et que les membres de l’église doivent venir adorer tous ensemble. Réunir l’ensemble des responsables ou une partie à différents moments dans la vie d’église peut être nécessaire et utile pour grandir ensemble. Le livre des Proverbes enseigne qu’il faut s’entourer de conseillers ! Ceci dit, est-ce que les diacres, dont la tâche spirituelle est de dispenser des soins physiques, doivent-ils se constituer en conseil ?

Doit-il y avoir un conseil de diacres ?

Tout d’abord, je pense qu’il ne s’agit pas ici d’une question d’obéissance ou de désobéissance aux Écritures. J’aimerais que l’on comprenne bien qu’il faut y aller en douceur. Ceci dit, voici trois arguments pour ne pas fonctionner avec un Conseil de diacres où le rôle de chacun(e) serait simplement d’y siéger.

1. Le rôle du diacre/diaconesse est plus dans le service que la surveillance.

Comme le mot “diacre” indique, ceux qui ont le rôle du diacre sont généralement impliqués ou responsables d’un service ou d’un ministère. Ce serait dommage de les empêcher d’exécuter des tâches importantes tout simplement parce que le conseil de diacres doit se réunir d’abord. C’est une erreur de ne pas autoriser un diacre à agir au nom du groupe dans le domaine de sa compétence. Au lieu qu’un conseil filtre chaque décision, il faut qu’un diacre, digne de confiance, soit habilité à agir. Et vous verrez tout le bien qui en découle.

2. Un diacre, embourbé dans des réunions qui ne le concernent pas, peut se décourager.

Pourquoi un diacre, qualifié et apte à gérer les locaux, devrait-il avoir à forcer le barrage d’un conseil de diacres et solliciter l’approbation de personnes moins qualifiées que lui ? Encore une fois, c’est une question d’efficacité, mais pas seulement. Quand un diacre, doté de certains dons, a la possibilité de les exercer, cela l’encourage, mais s’il est pris au piège du labyrinthe administratif d’un conseil, cela peut le décourager. De plus, ne pas lui permettre d’agir en toute indépendance revient à lui communiquer de la méfiance, ce qui peut également le décourager.

3. Un conseil de diacres peut facilement être opposé à, ou se confondre avec, un conseil d’anciens.

Les Écritures n’établissent pas les anciens et les diacres en deux organes législatifs distincts (à l’instar du Sénat et de l’Assemblée Nationale) avec le pouvoir exécutif (le pasteur principal) qui signe les projets de loi. Les Écritures désignent les anciens comme les bergers de l’église, et les diacres les soutiennent dans cette tâche en prenant soin des besoins de l’assemblée. Avoir un conseil de diacres dans l’église peut tendre vers un type de structure paralysante et non biblique qui s’appelle la « législature bicamérale ».

Mais quoi faire alors sans conseil de diacres ?

Et pourquoi ne pas avoir de diacres affectés à des tâches spécifiques ?

Si les diacres ne se réunissent pas en séance, que doivent-ils faire ? Dans l’hypothèse où vous avez un conseil d’anciens qualifiés pour superviser l’église, je suggère de nommer des diacres chargés de tâches spécifiques. En d’autres termes, il ne faut pas nommer des diacres chargés collectivement de tâches communes, mais il faut plutôt avoir un diacre, chargé d’une tâche en particulier qui contribue à la bonne marche de l’assemblée. Les diacres affectés à des tâches spécifiques pourraient inclure :

  • Un diacre chargé de l’entretien des bâtiments, appartenant à l’église, pour qu’ils soient prêts pour le culte.
  • Un diacre chargé des extérieurs, pour qu’il organise des équipes de volontaires pour tondre le gazon, désherber, nettoyer, etc.
  • Un diacre chargé de la préparation matérielle des mariages. Cette personne ne coordonne pas le mariage, mais représente l’église en ce qui concerne le soin et l’utilisation du bâtiment au cours du mariage et assiste concrètement les membres de l’église qui se sont dévoués à la préparation du mariage.
  • Un diacre chargé de l’enfance pour mettre en œuvre une politique de surveillance et organiser des équipes d’enseignants et de gardes pour les tout-petits.
  • Un diacre chargé des commandes de livres et de l’accès à des lectures saines approuvées par les anciens / pasteurs.
  • Un diacre chargé de l’organisation des baptêmes et de la Cène, et du recrutement de bénévoles pour la distribution et le nettoyage.
  • Un diacre chargé de la sono : micros, table de mixage, enregistrements des messages, etc.

Voilà quelques suggestions, mais vous pouvez également avoir besoin d’un diacre chargé du stationnement, des problèmes juridiques ou d’autre chose. Oui, mais ces diacres « spécialisés » doivent-ils se réunir ? Si c’est utile, pourquoi pas, mais pas nécessairement. Par ailleurs, qui doit établir le budget de l’église ? Les diacres ou bien « un comité des finances » ? Pourquoi ne pas nommer un diacre, chargé du budget, pour qu’il voit avec chaque diacre spécialisé quels sont les besoins financiers de son domaine de supervision pour l’année suivante ? Puis, laissez ce diacre présenter un premier jet aux anciens, qui prépareront ensuite le budget pour le présenter à l’assemblée. C’est quoi l’essentiel ? Que l’église trouve des diacres qualifiés et leur donne des tâches à accomplir dans des domaines qui les intéressent et où ils excellent, sans qu’ils soient entravés par un conseil ». Laissez chaque diacre former et diriger des équipes de volontaires qui aiment servir ensemble l’église du Christ.  


1. ndlt : Les mots commission, comité, conseil, conseil d’administration peuvent avoir différents sens dans différents contextes et cultures. Cet article essaie de réserver le mot Conseil à l’équipe dirigeante (anciens/pasteurs) de l’église et au fonctionnement qui lui est particulier.

2. Le livre « Des réunions efficaces, c’est possible » de Strauch Alexander apporte beaucoup d’enseignement et de clef de réussites.


Cet article a été traduit et publié à l’origine par Revenir à l’Évangile, un ministère situé au Québec. Rendez-vous sur leur site Web pour trouver des ressources similaires.