Être membre de l’Église

Votre mauvaise ecclésiologie nous cause du tort

Par Mark Collins

Mark Collins est un pasteur et un planteur d'églises qui exerce son ministère en Asie depuis 18 ans. Il y vit avec sa femme Megan et ses cinq enfants, mais il est originaire de Fairfax, en Virginie.
Article
09.25.2020

« Qu’est-ce qu’une église ? »

C’était la question que je redoutais le plus. J’avais 28 ans, et j’avais été promu de chef d’équipe de mission à directeur régional. J’étais assis à notre réunion mensuelle des responsables, avec 10 autres responsables d’équipe représentant plus de 80 missionnaires soutenus à plein temps qui ont servi dans la fenêtre 10/40. Nos discussions étaient censées être motivantes et encourageantes, et elles l’étaient souvent. Nous avons parlé de la stratégie et de la fécondité de l’évangélisation, de la croissance des disciples et du potentiel de multiplication à l’avenir. Mais alors quelqu’un posait CETTE question, ou une question semblable. Notre but est-il d’implanter des églises ? Est-ce que c’est ce que nous faisions ? Et, oh, au fait, sommes-nous même d’accord sur ce qu’est une église ? Qu’est-ce qui fait qu’une église est une église ?

Je redoutais la question parce que je n’en connaissais pas la réponse. Pire, je savais à cause de discussions stériles répétées que personne dans la salle ne connaissait la réponse. Nous ne savions pas comment définir une église, encore moins une bonne église ou une église saine. Quelle était la différence entre une église et un rassemblement de 25 étudiants sur un campus universitaire ? Nous avions lancé beaucoup de ce genre de rassemblement. Quelle était la différence entre une église et un rassemblement de 30 professionnels du monde des affaires pour une étude biblique régulière ?

Ce n’était pas seulement une question académique pour nous. Par la grâce de Dieu, nous avions été témoins du fait que Dieu produisait des fruits étonnants à travers notre labeur. Ainsi, alors que nous tenions ces discussions, nous savions qu’il y avait des croyants qui se réuniraient cette semaine même. Ces rassemblements étaient remplis de gens que nous avions formés comme disciples, dont beaucoup se tournaient vers nous pour trouver leur orientation. Rapidement, ils avaient découvert que nous n’avions pas grand-chose à leur offrir.

LA MÊME HISTOIRE PARTOUT

Au cours des dix-neuf années qui se sont écoulées depuis que je suis entré sur le terrain de la mission, j’ai vu et entendu la même histoire se répéter dans toutes les organisations et les régions. Trop souvent, les missionnaires occidentaux n’ont pas grand-chose à dire sur l’Église, du moins pas avec une clarté biblique. Chez les évangéliques, heureusement, l’évangile reste généralement clair, l’inerrance de l’Écriture est généralement affirmée et l’importance de la théologie est généralement reconnue. Mais l’église ?

Demandez à quelques missionnaires que vous connaissez s’ils peuvent expliquer comment leur travail se rapporte à la tâche d’implantation d’églises, et vous obtiendrez moins de réponses que ce à quoi vous vous attendriez. Demandez-leur comment ils définissent l’église et à quoi ressemble une église saine, et vous obtiendrez encore moins de réponses.

La réalité est que quand vous envoyez des missionnaires, quand vous les soutenez, et quand vous vous associez avec d’autres pour ce faire, vous exportez une doctrine de l’église. Au fil des ans, j’ai conclu que, trop souvent, nous exportons une mauvaise ecclésiologie.

Et les résultats sur le champ de mission peuvent être tragiques.

COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ ?

Il y a probablement beaucoup de choses qui contribuent au problème. Je veux en suggérer trois.

  1. Les églises qui envoient considèrent souvent la mission comme quelque chose qu’elles peuvent sous-traiter à d’autres.

Les leaders d’église ont assez de choses auxquelles faire face à l’intérieur de leur propre église. Par conséquent, la supervision et le financement des missionnaires leur semblent souvent aller au-delà de leur capacité ou de leur expertise.

Il est sûrement vrai que le fait de confier la tâche de répondre à ces besoins à des organismes d’envoi présente de nombreux avantages. Mais le problème ici est que les églises surestiment souvent ce qu’une agence d’envoi peut faire. Par exemple, aucun formulaire de candidature ne peut remplacer l’évaluation des dons et des qualifications d’une personne par son implication régulière dans la vie d’une église locale. Ce genre d’enquête devrait commencer dès le début du processus, et non pas comme une liste de contrôle rapide lorsqu’un formulaire de référence de l’église est soudainement requis.

  1. Les agences d’envoi prennent en charge la sous-traitance, mais n’ont pas une doctrine claire de l’église.

Les agences d’envoi sont soit créées avec un certain accent ministériel, soit elles en créent un au fur et à mesure. Certains décident de se concentrer sur l’évangélisation parmi un certain segment de la population, comme les étudiants ou le monde des affaires. D’autres groupes se concentrent sur la formation de leaders dans un certain programme d’études théologiques. D’autres encore se concentrent sur le démarrage de nouvelles églises dans une certaine région ou parmi une certaine population.

Ce qui semble rare dans ces scénarios est pour l’agence d’évaluer adéquatement le « succès » en considérant la santé à long terme des églises qu’ils ont implantées. En tant que leader de niveau moyen dans mon agence d’envoi, je me souviens de la lutte qui consiste à vivre entre la tension des objectifs organisationnels mesurables (combien de nouveaux groupes avez-vous commencés ?) et le désir que notre travail ait une viabilité à long terme. Mes tentatives pour avoir des conversations sur la santé de notre travail au-delà des chiffres n’ont pas été très loin.

  1. Les missionnaires eux-mêmes ne savent pas ce qu’ils visent.

Le dicton dit : « Ne visez rien et vous ne toucherez rien à tous les coups. » Chaque missionnaire sur le terrain essaie de faire du bon travail. Ils partagent leur foi, essaient de former de nouveaux croyants et prient pour que Dieu bénisse l’œuvre. C’est un bon début, mais ce n’est pas la même chose que d’avoir une image claire d’une église implantée fonctionnant d’une manière biblique et élevant ses propres ressources pour un ministère ultérieur. Il leur manque cette image parce qu’ils ne comprennent pas ce que la Parole de Dieu dit au sujet de l’église locale et du rôle central qu’elle joue dans l’accomplissement de la Grande Commission.

QUE PEUT-ON FAIRE ?

Que pouvez-vous faire en tant que pasteur pour aider à commencer à exporter une meilleure ecclésiologie ?

  1. Évaluez de façon pratique votre programme de missions.

En tant que pasteur, connaissez-vous la qualité des personnes que vous envoyez ? Savez-vous ce qu’ils font vraiment sur le terrain ? Leur avez-vous demandé de décrire leur travail en détail ? Avez-vous fait du progrès de leur travail une partie de la vie de prière de votre église ? Vos leaders et membres sont-ils investis dans la vision d’églises saines implantées à travers vos missionnaires ?

  1. Considérez le premier voyage missionnaire de Paul comme un modèle pour la mission (Actes 13-14)

Concentrez-vous sur la qualité des missionnaires et non sur la quantité. L’Esprit conduit l’église d’Antioche à envoyer Paul et Barnabas, deux de leurs meilleurs membres (Actes 13.2) ! Cherchez à encourager ceux qui exercent déjà un ministère dans le contexte de votre église à penser et à prier au sujet de la mission.

Faites du travail des missionnaires une partie centrale de la vie de votre église. L’envoi de Paul et de Barnabas a été un temps de jeûne et de prière dans toute l’église (Actes 13.3). De même, considérez comment vous pouvez rendre la prière pour vos missionnaires plus cohérente dans votre propre église. Utilisez votre prière pastorale et les réunions de prière de l’église comme des temps pour prier régulièrement pour le travail des missionnaires que vous soutenez, et pour l’évangélisation des gens autour du globe.

Encouragez vos missionnaires à garder leurs yeux sur le prix de l’implantation d’églises saines. Paul et Barnabas n’ont pas seulement prêché ou seulement fait des disciples ; ils ont continué à visiter et à paître et conduire jusqu’à ce que des anciens soient nommés dans chaque église (Actes 14.23). C’est sans doute ce que l’église d’Antioche attendait d’eux. Ainsi, demandez aux missionnaires potentiels d’articuler un plan de ministère qui inclut à la fois l’implantation d’églises et la conduite de ces églises vers une condition de santé.

Invitez les missionnaires en congé à faire un rapport complet à l’église. Paul et Barnabas rassemblèrent l’église et « racontèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux » (Actes 14.27). Lors d’un récent congé, les conseils d’administration de plusieurs églises de soutien m’ont demandé de leur faire un rapport. J’ai adoré cela ! Au fond, les missionnaires veulent être sûrs que leurs églises de soutien les soutiennent dans la tâche d’élever des églises locales. Nous aimons aussi la responsabilité de savoir que nous avons besoin de partager plus que quelques photos avec des gens locaux souriants sur elles.

  1. Envisagez de faire plus avec moins.

En fin de compte, l’exportation d’une mauvaise ecclésiologie vient de l’idée occidentale que faire plus est nécessairement un plus. On envoie plus d’ouvriers et on leur demande plus de résultats. Nous mesurons notre succès en termes de plus de professions de foi et de plus d’églises implantées, sans demander la santé des « convertis » ou des « églises ». Je pense que nous savons par nature que bon nombre des systèmes en place visent l’ampleur plutôt que la profondeur, mais nous ne savons pas comment les changer.

Un simple début serait, avec le temps, de soutenir moins de gens d’une meilleure façon. Donner plus d’argent à moins de missionnaires. Consacrer un peu d’argent à l’envoi régulier d’un ancien pour visiter leur travail. Permettez aux missionnaires en congé de passer plus de temps avec votre église. Par-dessus tout, considérez leur œuvre comme votre œuvre. Faites en sorte que votre but ne soit pas seulement de diriger une église saine, mais de voir des églises saines implantées dans tous les endroits où vous envoyez des missionnaires.

 

Mark Collins est un pasteur et un planteur d’églises qui exerce son ministère en Asie depuis 18 ans. Il y vit avec sa femme Megan et ses cinq enfants, mais il est originaire de Fairfax, en Virginie.

 

Cet article a été traduit par Timothée Davi.

Cet article a été traduit et publié à l’origine par Revenir à l’Évangile, un ministère situé au Québec. Rendez-vous sur leur site Web pour trouver des ressources similaires.