L'Évangile

Être centré sur l’Évangile : un avertissement et une recommandation

Article
09.25.2020

Comment peut-on aller au-delà de l’évangile sans le mettre de côté ? D’autre part, si l’évangile est si important, avons-nous besoin d’ « aller au-delà » de l’évangile de quelque manière que ce soit ?

Ce sont là deux des questions que soulève ce mouvement de plus en plus perceptible désirant être centré sur l’évangile chez les évangéliques.

La semaine dernière, j’ai examiné une objection possible à ce mouvement. Dans cet article, j’aborderai ces deux questions. L’une est une recommandation, l’autre un avertissement.

Tout d’abord, je dois dire que je pense que l’attention apparemment croissante des évangéliques portée à l’évangile est une merveilleuse tendance. Ces nombreuses voix ont raison de nous dire que l’évangile est au centre de la sanctification, que l’indicatif fonde l’impératif, et que nous n’allons pas au-delà de l’évangile, mais plus profondément dans l’évangile. Ce sont là des arguments profondément bibliques.

DEUX TYPES D’ÉVANGÉLIQUES : L’ESSENTIALISTE ET LE RÉDUCTIONNISTE

Mais quelqu’un pourrait dire : « Si l’Evangile est si important, devons-nous “aller au-delà” de celui-ci de quelque manière que ce soit ? »

Les évangéliques sont profondément essentialistes. Pour diverses raisons liées à l’histoire, nous aimons réduire les choses à leur strict minimum et poursuivre notre vie. Comme je l’ai souvent entendu dire, nous avons tendance à avoir deux vitesses : essentiel et sans importance.

Le danger de ce nouveau mouvement est donc que si l’évangile occupe la catégorie « essentiel » (et ça devrait être le cas !), alors tout le reste sera relégué à la poubelle « sans importance ».

De temps en temps, j’entends de petites allusions à cette tendance dans les avertissements de ne rien laisser éclipser, occulter ou marginaliser l’évangile dans nos vies et nos églises. De tels avertissements sont nécessaires et justes, mais si nous ne créons pas un troisième espace entre l’essentiel et le superflu, l’évangile lui-même sera en danger. On ne peut pas préserver l’Évangile en se concentrant uniquement sur l’Évangile. Il existe toutes sortes de doctrines et de pratiques données par Dieu qui sont nécessaires à cette fin, et nous les négligeons à nos risques et périls.

Par exemple, la doctrine de la Trinité est inséparable de l’évangile. Le Père, le Fils et l’Esprit remplissent chacun des rôles distincts dans le salut, ce qui signifie que toute distorsion de la Trinité est également une distorsion de l’Évangile.

Autre exemple : la véracité de l’Écriture présente un fondement épistémologique solide pour l’Évangile. Notre confiance en Christ est fondée sur la véracité et la fiabilité de la Parole de Dieu.

Quant aux pratiques visant à protéger l’évangile, il faut tenir compte de l’adhésion à l’église et de la discipline d’église. Comme l’a dit Jonathan Leeman, l’adhésion à l’église montre au monde qui représente Jésus et la discipline de l’église protège le nom de Jésus.

L’appartenance à l’église marque le corps de personnes qui appartiennent à l’évangile. Cela envoie le message suivant au monde : « Voilà ceux qui appartiennent à l’Évangile. C’est le nouveau peuple que l’Évangile crée. »

Et la discipline d’église garde l’image de l’évangile que l’église montre au monde. Elle empêche l’église de présenter une fausse image de l’évangile aux nations qui la regardent. Elle le fait en disant ce qu’un chrétien n’est pas : « Ci ou ça ne représente pas une vie qui découle de l’évangile. »

De plus, comme quelqu’un l’a dit, la discipline d’église est l’évangile en action. En Christ, Dieu ne nous laisse pas dans notre péché. Nous ne devrions pas non plus laisser nos frères et sœurs de l’église dans leur péché. Au contraire, nous devrions aller vers eux en les reprenant affectueusement et en leur offrant gratuitement le pardon de Christ.

Ces doctrines et pratiques, ainsi que beaucoup d’autres, sont étroitement liées à l’Évangile. Elles sont organiquement liées à l’Évangile. Nous ne pouvons pas les négliger sans nuire à notre compréhension de l’Évangile et à notre témoignage.

Voici donc mon avertissement : ne laissez pas le fait d’être centré sur l’évangile devenir un essentialisme évangélique, qui conduit à un réductionnisme évangélique. Oui, faites de l’évangile le centre de votre vie, et de la vie de votre église. Mais ne donnez pas l’impression que l’évangile est la seule chose qui compte.

FAITES LES LIENS NÉCESSAIRES

Passons à la première question : comment alors aller au-delà de l’évangile sans passer à autre chose ? En d’autres termes, comment prêcher et pratiquer ces choses sans abandonner l’évangile ?

Voici ma recommandation : nous le faisons en faisant constamment les liens nécessaires entre l’évangile, notre doctrine et notre pratique.

C’est ce que nous avons déjà fait dans cet article. La Trinité, l’autorité biblique, l’adhésion à l’église et la discipline d’église sont organiquement liées à l’Évangile. Et il en va de même pour des dizaines d’autres doctrines et pratiques cruciales.

La façon pour un dirigeant d’église d’aller au-delà de l’évangile sans l’abandonner est de rendre ces liens organiques explicites dans sa prédication et son enseignement. La façon de se concentrer sur d’autres sujets sans perdre de vue l’Évangile est de retracer leur relation avec l’Évangile.

Enseignez donc sur les anciens de l’église, sur l’éducation des enfants, sur l’eschatologie, sur les relations amoureuses et le baptême à la lumière de l’Évangile, et d’une manière qui montre comment chacune de ces choses est liée à l’Évangile. De cette façon, les autres doctrines et pratiques ne concurrenceront pas l’évangile. Au lieu de cela, elles vont se tenir côte à côte avec ce dernier.

Ne laissez pas le fait d’être centré sur l’évangile se transformer en réductionnisme. Au contraire, faites les liens nécessaires entre l’évangile et tout le reste, y compris la structure et la vie de la communauté de l’église locale.

 

Bobby Jamieson est un pasteur associé à « Capitol Hill Baptist Church » à Washington, DC. Il est l’auteur, plus récemment, de « Jesus’ Death and Heavenly Offering in Hebrews ».

 

Cet article a été traduit par Timothée Davi.

Cet article a été traduit et publié à l’origine par Revenir à l’Évangile, un ministère situé au Québec. Rendez-vous sur leur site Web pour trouver des ressources similaires.