Discipulat

Comment le psaume 113 a changé ma vie

Par Rosaria Butterfield

Rosaria Butterfield est une ancienne professeur d'anglais à « Syracuse University » et l'auteur de « The Secret Thoughts of an Unlikely Convert » (Crown & Covenant, 2012) et de « Openness Unhindered : Further Thoughts of an Unlikely Convert on Sexual Identity and Union with Christ » (Crown & Covenant, 2015).
Article
09.25.2020

J’ai découvert le psaume 113 lorsque je l’ai chanté avec d’autres personnes dans le cadre d’un culte en commun. C’était il y a 21 ans, et je portais une coupe de cheveux très courte et des piercings dans l’oreille droite – parce qu’à l’époque, il fallait les porter à gauche si l’on était hétéro et à droite si l’on était gay. Je me tenais sur un banc de l’église presbytérienne réformée de Syracuse, cherchant maladroitement un Dieu qui, je l’espérais secrètement, m’accepterait tel que j’étais. Floy Smith, la femme du pasteur, se tenait à mes côtés. Floy, une femme qui pouvait créer des ponts entre les deux mondes pour moi, m’a touchée avec son épaule avant que nous commencions à chanter. « Dieu te fait son beau trophée, ma chère », me chuchota-t-elle à l’oreille, moi qui portais tous ces piercings. Le pasteur Ken Smith nous a dit d’ouvrir nos psautiers au psaume 113A dans le « Le recueil des Psaumes ».

J’ai sauté dedans, la bouche grande ouverte.

Mais avant de réaliser ce qui sortait de ma bouche, j’ai chanté les dernières lignes du psaume et je me suis embarqué dans ce que je croyais alors être un patriarcat haineux et une misogynie institutionnalisée.

Comme beaucoup de choses qui m’ont surprise à mi-parcours, ce psaume a commencé sur ce que je percevais comme un terrain sûr. Un chant de louange à un Dieu qui doit s’abaisser pour examiner sa création : Il s’abaisse pour examiner les étoiles, la lune et le soleil. Il ne fait aucun cas de son autorité sur la création, puis il fait vivre les ossements morts. Il dit aux montagnes de se tenir debout, et elles obéissent sans broncher. Il se penche même assez bas que pour élever des hommes et des femmes, donnant de l’amour aux sans amour, de la dignité aux dépravés et une famille aux réfugiés. Mais le verset crescendo a mis un terme aux louanges en ce qui me concerne. Je me suis retrouvée bouche bée au milieu du verset :

Il donne une famille à celle qui était stérile,

il fait d’elle une mère joyeuse au milieu de ses enfants.

Louez l’Éternel !

Ce psaume m’est tombé dessus comme un mauvais mal de dents. Son adhésion archaïque au patriarcat était impensable ! J’avais fait la guerre au patriarcat pendant des décennies. Fille d’une féministe, j’ai pris mon destin en main avec fierté. Plus encore que mon identité lesbienne, mon identité féministe était à la base de tout ce qui m’était cher. Je ne détestais pas les hommes. J’avais des amies femmes qui étaient des partenaires sexuelles d’hommes. Je célébrais ces relations homme-femme qui valorisaient l’unité, l’interdépendance et le service. Et je déplorais ces relations homme-femme qui exigeaient la soumission d’une femme, même si elle était volontaire. Ma vision du monde/religion féministe déclarait que toute relation sexuelle homme-femme qui rejetait l’unité, l’interdépendance et le service, mais approuvait la soumission de la femme était à la base de la culture du viol. Ce que Dieu a appelé bon, je le considérais comme un viol.

Tout ce verset était impensable. « Il donne une famille à celle qui était stérile, il fait d’elle une mère joyeuse au milieu de ses enfants » ! Absurde ! Comment quelqu’un pourrait-il trouver sa joie principalement dans le fait de se tenir au milieu de ses enfants (en aspirant à être une mère et une épouse au foyer) ? J’ai tout de suite pensé qu’il s’agissait d’une mauvaise traduction ou d’une métaphore littéraire très imagée, et qu’il fallait la corriger. J’ai donc partagé ma préoccupation avec la femme du pasteur. Et puis je l’ai partagée aux femmes des anciens. Et puis je l’ai partagée aux autres femmes de l’église.

Personne dans mon église ne s’est excusé pour ce verset, et personne ne l’a rejeté comme étant une métaphore excessive.

Au contraire, Floy et les autres femmes à qui j’ai posé la question m’ont dit que cette ligne était à la fois métaphorique et concrète. Elle parlait de femmes réelles reflétant leur relation à Jésus par leur ressemblance à Jésus. Et elle donnait une image de la compassion de Dieu pour les personnes seules. Mes sœurs m’ont rappelé que l’Écriture interprète l’Écriture. Le sens, le but et la beauté de ce verset devaient être lus dans le contexte de Genèse 1.27 et Genèse 3.16.

Et ainsi, avec l’aide de sœurs aînées dans le Seigneur, j’ai commencé à étudier ces passages. J’ai lu Genèse 1.27 (« Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu. Il créa l’homme et la femme »). J’ai vu la dignité de ce verset : que l’homme et la femme tirent leur image de Dieu, et non pas l’un de l’autre. J’ai vu à quel point ma propre vision féministe du monde était en deçà de la Parole de Dieu. L’ordre de la création m’a fait comprendre que les sexes sont égaux par essence et différents dans leur vocation. Tout dans mon corps et mon cerveau a crié : FAUX. Malgré cela, un murmure dans mon cœur désirait ardemment être couvert par Dieu et l’alliance de l’église et de la famille.

Puis mes sœurs m’ont fait connaître Genèse 3.16, la malédiction de Dieu sur Ève : « Il dit à la femme : “J’augmenterai la souffrance de tes grossesses. C’est dans la douleur que tu mettras des enfants au monde. Tes désirs se porteront vers ton mari, mais lui, il dominera sur toi.” » Ce verset n’était pas facile à déchiffrer. C’est devenu plus facile quand je l’ai lu à côté du verset parallèle dans Genèse 4.7 : « Le péché est couché à la porte et ses désirs se portent vers toi », dit Dieu à Caïn. « Mais c’est à toi de dominer sur lui. » Les échos littéraires montraient comment le péché déforme tout, y compris les relations entre les maris et les femmes. Que l’entrée du péché dans le monde ait produit une collision des volontés au sein du mariage n’est pas un cri de ralliement féministe des années 1970. C’est une interprétation logique et évidente de ce que la dépravation totale révèle sur mon cœur. Le péché qu’Adam, notre chef ou tête fédéral, a imputé à tous, contrarierait notre volonté de faire ce que Dieu veut – tant sur le plan personnel que relationnel. Et que veut Dieu ? Il veut que ses premiers fruits – hommes et femmes – soient chéris et triomphent dans le cadre de son ordonnance de création. Alors même que je m’insurgeais contre le Psaume 113, une partie profonde de moi reconnaissait la Parole de Dieu comme étant bonne – vraiment, uniquement bonne. La Parole de Dieu était réelle comme la pluie. Et sa Parole indiquait clairement que la soumission d’une femme dans le Seigneur à son mari pieux fait partie de l’ordre de la création, que cela plaise ou non. (Et cela ne me plaisait pas).

Le psaume 113 a fait plus que me faire réfléchir sur la culture. Il m’a poussé à voir mon lesbianisme à la lumière de l’Écriture. Pour moi, le lesbianisme était mon identité et ma préférence. Mais le lesbianisme à la lumière de l’Écriture est un rejet des hommes en général et de l’ordonnance de la création en particulier. En méditant sur le psaume 113, j’ai considéré comment mon péché persistant d’homosexualité était étroitement lié à des prédispositions qui, bien que non-pécheresses en elles-mêmes, me servaient bien en tant que lesbienne. Je respirais l’audace et la force plutôt que la douceur et la gentillesse. Les chrétiens sont, bien sûr, appelés à être audacieux et forts, mais la facilité avec laquelle j’ai appliqué ces attributs est devenue pour moi une sorte de préparation, une préparation au péché et non à la soumission. De nouveau, des sœurs dans le Seigneur étaient là à mes côtés, me rappelant que le fruit de l’Esprit appelle « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi » (Ga 5.22-23). Je commençais à comprendre que pour lutter contre le péché intérieur de l’homosexualité, il me fallait accepter l’intention de Dieu de vivre tous les attributs du fruit de l’Esprit, et pas seulement ceux qui me venaient facilement. La féminité divine a commencé à apparaître non pas comme une recette à l’emporte-pièce, mais comme une application particulière de la grâce de Dieu à mon égard, la parole de vérité moulant l’argile de mon cœur.

Et c’est ainsi que le psaume 113 a changé ma vie. Je me suis regardée dans son miroir et j’ai vu à quel point j’étais loin de la volonté de Dieu.

Mais quelques années plus tard, le psaume 113 a de nouveau changé ma vie.

Quelques années après ma conversion, le Seigneur avait à la fois changé les affections de mon cœur et m’avait fait signe d’embrasser mon rôle de femme pieuse. Et après que j’eus déversé mon cœur devant Dieu, le suppliant de faire de moi une femme pieuse, il me donna un autre désir : être une épouse pieuse pour un mari pieux, me soumettre à lui comme aide dans son travail, et, si Dieu le voulait, être une mère pour nos enfants. Des années de conflits et de bouleversements ont suivi, puis j’ai rencontré Kent Butterfield. Le Seigneur a uni nos cœurs et Kent m’a demandée en mariage.

Presque immédiatement, le monde m’a offert trois chemins divergents, trois directions de vie opposées et trois options mutuellement exclusives qui me façonneraient sans aucun doute. Je pourrais retourner à « Syracuse University » en tant que professeur d’anglais titularisée. Je pourrais rester à « Geneva College » et postuler pour un poste de direction administrative. Ou je pourrais me marier avec Kent Butterfield et devenir la femme d’un implanteur d’églises.

La première voie m’était familière. Le second était reconnaissable. La troisième voie était inimaginable.

Immédiatement, des personnes bien intentionnées – des frères et sœurs chrétiens – ont commencé à intervenir. Comment une femme intelligente comme moi pouvait-elle se détourner de l’œuvre que le Seigneur avait déjà préparée pour moi ? N’est-ce pas un péché de ne pas utiliser mes dons ? Qu’en est-il des livres que je n’écrirais jamais plus (probablement) ? Un frère m’a demandé : « Pourquoi ne peux-tu pas être professeur, doyen ou président et Kent être le père au foyer ? » Une autre sœur a dit : « Change-t-on les couches quand on a un doctorat ? »

Le Seigneur m’a conduit à épouser Kent et à devenir la femme d’un implanteur d’églises. Kent et moi sommes maintenant mariés depuis 18 ans. Le travail de Kent est passé de l’implantation d’églises, à un travail séculier, à celui de pasteur d’une petite église presbytérienne réformée. Dans l’impossibilité de mettre au monde nos propres enfants, le Seigneur nous a permis d’en adopter quatre, dont deux issus de familles d’accueil, à l’âge de 17 ans. Aujourd’hui, l’âge de mes enfants s’étend de 13 à 31 ans. Je passe mes journées à enseigner à mes deux plus jeunes enfants à la maison, à aider Kent, à enseigner l’anglais au lycée dans ma coopérative scolaire à domicile et à m’occuper de mon petit-fils de trois ans le week-end ou chaque fois que mon fils et ma belle-fille en ont besoin. Dieu m’a également permis d’écrire des livres et de parler à une culture hostile de notre Dieu puissant et gracieux. Mes mains et mon cœur sont pleins et débordants.

Le psaume 113 a complètement changé ma vie. Il y a vingt et un ans, je protestais contre le patriarcat, considérant toute forme de soumission comme de la violence et une recette pour l’abus. Aujourd’hui, je crois de tout mon cœur et de toute mon âme que le seul endroit sûr au monde pour une femme est d’être membre d’une église qui croit à la Bible, protégée et couverte par Dieu par le biais d’anciens et de pasteurs fidèles et, si Dieu le veut, d’un mari pieux. Une joie inimaginable se trouve au cœur de la volonté de Dieu. Le Psaume 113 a été ma bonne et fidèle boussole dans un monde rempli de confusion sur les hommes, les femmes et la famille.

Les paroles inspirées du Psaume 113 sont censées être un réconfort pour les pauvres et les stériles, avec son appel à louer le Seigneur en toute circonstance. Mais pour les non-convertis, ces paroles sont une folie et cela m’a complètement détruit. Et je ne peux pas suffisamment louer Dieu pour cela.

 

Rosaria Butterfield est une ancienne professeur d’anglais à « Syracuse University » et l’auteur de « The Secret Thoughts of an Unlikely Convert » (Crown & Covenant, 2012) et de « Openness Unhindered : Further Thoughts of an Unlikely Convert on Sexual Identity and Union with Christ » (Crown & Covenant, 2015).

 

Cet article a été traduit par Timothée Davi.