Prédication textuelle

Prêcher à l’ignorant, à celui qui doute et aux pécheurs

Article
09.25.2020

J’entends souvent la question : « Comment appliquer le texte dans une prédication textuelle ? »

Derrière cette question, il y a peut-être de nombreuses présuppositions douteuses. L’auteur de la question se souvient peut-être de prédications « textuelles » qu’il a entendues (ou peut-être prêchées) et qui n’étaient pas différentes de certaines conférences bibliques au séminaire, bien structurées et précises, mais démontrant peu d’urgence pieuse ou de sagesse pastorale. Ces prédications textuelles peuvent avoir eu peu ou pas d’application. D’autre part, l’auteur de la question peut simplement ne pas savoir comment reconnaître l’application quand il l’entend.

William Perkins, le grand théologien puritain du XVIe siècle à Cambridge, demandait aux prédicateurs d’imaginer les différentes sortes d’auditeurs et de réfléchir à des applications pour chaque pécheur endurci, en interrogeant les sceptiques, les saints fatigués, les jeunes enthousiastes, etc.

Les conseils de Perkins sont très utiles, mais j’espère que nous le faisons déjà. Je voudrais aborder le thème de l’application d’une manière légèrement différente : non seulement il y a différents types d’auditeurs, mais il y a aussi différents types d’application. Lorsque nous prenons un passage de la Parole de Dieu et que nous l’expliquons clairement, de manière convaincante, voire urgente, il y a au moins trois types d’application différents qui reflètent trois types différents de problèmes rencontrés dans le pèlerinage chrétien. Tout d’abord, nous luttons contre le fléau de l’ignorance. Deuxièmement, nous luttons contre le doute, souvent plus que nous ne le réalisons au départ. Troisièmement, nous luttons toujours contre le péché, que ce soit par des actes directs de désobéissance ou par une négligence coupable. En tant que prédicateurs, nous aspirons à voir des changements dans ces trois domaines, à la fois en nous-mêmes et chez nos auditeurs chaque fois que nous prêchons la Parole de Dieu. Et ces trois problèmes donnent lieu à un type différent d’application légitime.

L’IGNORANCE

L’ignorance est un problème fondamental dans un monde déchu. Nous nous sommes détournés de Dieu. Nous nous sommes coupés de la communion directe avec notre Créateur. Il n’est donc pas surprenant qu’informer les gens de la vérité sur Dieu soit en soi un type d’application puissant, et dont nous avons désespérément besoin.

Ce n’est pas une excuse pour des prédications froides ou sans passion. Je peux être tout aussi enthousiaste (et même plus) par des déclarations indicatives que par des ordres impératifs. Les commandements de l’Évangile de se repentir et de croire ne signifient rien d’autre que les déclarations indicatives concernant Dieu, nous-mêmes et Christ. L’information est vitale. Nous sommes appelés à enseigner la vérité et à proclamer un grand message sur Dieu. Nous voulons que les personnes qui entendent nos messages passent de l’ignorance à la connaissance de la vérité. Une telle information sincère est une application.

LE DOUTE

Le doute est différent de l’ignorance. Dans le doute, nous prenons des idées ou des vérités qui nous sont familières et nous les remettons en question. Ce genre de questionnement n’est pas rare chez les chrétiens. En fait, le doute est peut-être l’une des questions les plus importantes à explorer de manière réfléchie et à remettre en question de manière approfondie dans notre prédication. Aborder le doute n’est pas quelque chose qu’un prédicateur aborde avec des non-croyants pour faire un peu d’apologétique avant la conversion. Certaines personnes qui écoutent des prédications semaine après semaine peuvent très bien connaître tous les faits que le prédicateur mentionne à propos de Christ, ou de Dieu, ou d’Onésime ; mais elles peuvent très bien avoir lutté pour savoir si elles croient vraiment que ces faits sont vrais ou non. Parfois, les gens ne sont même pas conscients de leurs doutes, et encore moins capables de les exprimer sous forme de doutes.

Mais lorsque nous commençons à examiner les Écritures avec attention, nous trouvons dans l’ombre des questions, des incertitudes et des hésitations, qui nous rendent tristement conscients de cette attraction gravitationnelle du doute qui nous éloigne du chemin du pèlerin fidèle. Face à de telles personnes – peut-être même face à de telles parties de notre propre cœur – nous voulons plaider et insister sur la véracité de la Parole de Dieu et sur l’urgence d’y croire. Nous sommes appelés à insister auprès des auditeurs sur la véracité de la Parole de Dieu. Nous voulons que les personnes qui entendent nos messages passent du doute à la croyance totale en la vérité. Une telle prédication de la vérité, si urgente et si recherchée, est une application.

LE PÉCHÉ

Le péché, aussi, est un problème dans ce monde déchu. L’ignorance et le doute peuvent être eux-mêmes des péchés spécifiques, le résultat de péchés spécifiques, ou aucun des deux. Mais le péché est certainement plus que la négligence ou le doute.

Soyez assuré que les personnes qui écoutent vos prédications auront lutté pour ne pas désobéir à Dieu au cours de la semaine qui vient de s’écouler, et qu’elles lutteront presque certainement pour ne pas lui désobéir au cours de la semaine qui vient. Les péchés seront divers. Certains seront une désobéissance d’action, d’autres une désobéissance d’inaction. Mais qu’il s’agisse de commission ou d’omission, les péchés sont une désobéissance à Dieu.

Une partie de la prédication consiste à défier le peuple de Dieu à une sainteté de vie qui reflétera la sainteté de Dieu lui-même. Ainsi, une partie de l’application du passage de l’Écriture est de faire ressortir les implications de ce passage pour nos actions de cette semaine. En tant que prêcheurs, nous sommes appelés à exhorter le peuple de Dieu à obéir à sa Parole. Nous voulons que nos auditeurs passent d’une désobéissance pécheresse à une obéissance joyeuse et heureuse à Dieu selon sa volonté telle qu’elle est révélée dans sa Parole. Une telle exhortation à l’obéissance est certainement une application.

L’ÉVANGILE

Le principal message que nous devons appliquer chaque fois que nous prêchons est l’évangile. Certaines personnes ne connaissent pas encore la bonne nouvelle de Jésus-Christ. Et certains d’entre eux peuvent même être restés assis sous votre prédication pendant un certain temps, distraits, endormis, rêvassant ou ne prêtant pas attention. Ils ont besoin d’être informés à propos de l’Évangile. Ils ont besoin qu’on leur partage la bonne nouvelle.

D’autres ont peut-être entendu, compris et peut-être même accepté la vérité, mais se retrouvent maintenant à douter des questions mêmes que vous abordez (ou présupposez) dans votre message. De telles personnes ont besoin d’être exhortées à croire la vérité de la bonne nouvelle de Christ.

Et, aussi, les gens peuvent avoir entendu et compris, mais restent lents à se repentir de leurs péchés. Ils peuvent même accepter la vérité du message de l’Évangile, mais ne pas vouloir abandonner leurs péchés et avoir confiance en Christ. Pour de tels auditeurs, l’application la plus puissante que vous puissiez faire est de les exhorter à haïr leurs péchés et à fuir vers Christ. Dans toutes nos prédications, nous devrions chercher à appliquer l’évangile en informant, en incitant et en exhortant.

Un défi commun auquel nous, les prédicateurs, faisons face en appliquant la Parole de Dieu dans nos prédications est que les personnes qui rencontrent des problèmes dans un domaine prononcé penseront que vous n’appliquez pas l’Écriture dans votre prédication parce que vous n’abordez pas leur problème particulier. Ont-ils raison ? Pas nécessairement. Bien que votre prédication puisse s’améliorer si vous commencez à aborder chaque catégorie plus souvent ou plus complètement, il n’est pas mauvais pour vous de prêcher à ceux qui ont besoin d’être informés ou qui ont besoin d’être exhortés à abandonner le péché, même si la personne qui vous parle n’est pas si consciente de ce besoin.

Une dernière remarque. Proverbes 23.12 dit : « Ouvre ton cœur à l’instruction et tes oreilles aux paroles de la connaissance ! » Dans la traduction, il semble que les mots traduits par « ouvre » dans la Bible font presque toujours (peut-être toujours ?) référence non pas à l’œuvre du prédicateur (comme nous l’enseigne l’homilétique) ni même à celle du Saint-Esprit (comme nous l’enseigne à juste titre la systématique) mais au travail de celui qui entend la Parole. Nous sommes appelés à appliquer la Parole à notre propre cœur, à ouvrir notre propre cœur, et à nous appliquer à cette tâche.

C’est peut-être l’application la plus importante que nous puissions faire dimanche prochain au bénéfice de tout le peuple de Dieu.

 

Mark Dever est le pasteur principal de « Capitol Hill Baptist Church » à Washington, D.C., et le président de 9Marks.

 

Cet article a été traduit par Timothée Davi.

Cet article a été traduit et publié à l’origine par Revenir à l’Évangile, un ministère situé au Québec. Rendez-vous sur leur site Web pour trouver des ressources similaires.